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Conter la mer, les bateaux, ... . Partager des voyages, des découvertes, des rencontres, ... Toujours autour de la mer...

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À l'aube du huitième mois...

 

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À l’aube du huitième mois…

 

Vancouver, Côte Nord-Ouest de l’Amérique du Nord, Canada

 

Est-ce l’heure des bilans, l’heure des interrogations, l’heure des nouveaux départs, l’heure des regards en arrière…

Que sais-je… Qui suis-je… Où suis-je… Pourquoi… Quand… Comment…

 

Dans deux jours, demain, aujourd’hui, hier, avant-hier… ca fait 8 mois…  8 mois que j’ai quitté la France… Ma famille, mes amis…

8 mois que skype est devenu mon meilleur ami pour parler avec mes meilleurs amis… pour se voir, pour rigoler, pour se raconter ces tranches de vie, ces petits détails, pour partager…

8 mois que je tente de construire une nouvelle vie, ici, là-bas….

8 mois d’expériences, de prises de conscience, de rire, de pleurs, de manques, d’envies, de découvertes, d’interrogations, de doutes, de craintes, de folies, de rencontres, d’imaginations, d’apprentissages, d’échanges, de partages, …

8 mois… tant d’histoires… tant de vies… de vies vécues, de vies rencontrées, d’histoires de vie tout simplement…

 

Il y a 8 mois, tout les amis rassemblés, autour d’une belle table, près de cette rivière qui m’aura tant façonné, levèrent leur verre à cette formidable aventure que je vis aujourd’hui. Rires, joies, émotions, cadeaux, souvenirs, questions remplirent cette soirée… L’une des questions est toujours là, toujours présente dans ma tête… car finalement je n’avais pas vraiment la réponse à cette question… Juste une phrase disant : « l’herbe n’est pas plus verte au Canada, ni plus verte en France. Elle a simplement un goût différent… » La question étant : « Pourquoi pars-tu au Canada ? »

Pourquoi être parti…

 

L’une des réponses pourrait être ce texte, merci encore à la personne qui me l’a renvoyé il n’y a pas si longtemps, ce texte donc, de Pablo Neruda :

 

« Il meurt lentement

Celui qui ne voyage pas,

Celui qui ne lit pas,

Celui qui n’écoute pas de musique,

Celui qui ne sait pas trouver

Grâce à ses yeux.

 

Il meurt lentement

Celui qui détruit son amour-propre,

Celui qui ne se laisse jamais aider.

 

Il meurt lentement

Celui qui devient esclave de l’habitude

Refaisant tous les jours les mêmes chemins,

Celui qui ne change jamais de repère,

Ne se risque jamais à changer la couleur

De ses vêtements

Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

 

Il meurt lentement

Celui qui évite la  passion

Et son tourbillon d’émotions

Celles qui redonnent la lumière dans les yeux

Et réparent les cœurs blessés.

 

Il meurt lentement

Celui qui ne change jamais de cap

Lorsqu’il est malheureux

Au travail ou en amour,

Celui qui ne prend pas de risques

Pour réaliser ses rêves,

Celui qui, pas une seule fois dans sa vie,

N’a fui les conseils sensés.

 

Vis maintenant !

Risque-toi aujourd’hui !

Agis tout de suite !

Ne te laisse pas mourir lentement !

Ne te prive pas d’être heureux ! »

 

Ce n’est qu’une réponse… il y en a d’autres… sont-elles importantes ? oui et non…

 

Partir, c’est oser quitter son univers, oser remettre tout en question, c’est accepter de prendre le risque de tout perdre…, c’est accepter de tout recommencer à zéro, c’est s’ouvrir au monde, c’est s’éloigner des gens qu’on aime,…

 

Pourquoi le faire ?

 

Parce qu’un jour dans sa vie, on a des choix à faire, des décisions à prendre, des opportunités à saisir.

Pour ma part, mon travail m’offrait un job que j’aime énormément, mais le salaire ne correspondait aucunement à ce que l’on attendait de moi, j’étais célibataire, sans réelles attaches, et les quelques mois que j’ai pu passer sur Bordeaux furent emplis de rencontres grâce à Couchsurfing, grâce au travail avec des personnes venant des quatre coins du monde, rencontres amicales, amoureuses,… rencontres qui m’ont fait douter sur mon départ… rencontres qui me confortent dans ce départ…

Cette nouvelle page qui s’ouvre devant soi. Page vierge… syndrome de l’écrivain en panne d’inspiration… peur de cette page blanche… peur de ne pas savoir la remplir… peur de ce que je vais y écrire aussi…  puis finalement, je trouve de quoi la remplir naturellement…

 

Mais cette question reste malgré tout toujours présente… Pourquoi être parti… fuir une France où je ne m’y retrouvais plus… fuir un lieu où mon seul avenir était de courir après ma vie, comme si j’étais presque toujours en retard… où les moyens de vivre restaient limités…

 

A Vancouver, les Français que j’ai pu y rencontrés sont rarement arrivés ici par hasard… Il y en a deux types… ceux qui sont là dans un objectif, à plus ou moins long terme, d’immigration, dont je fais parti, et ceux qui sont là pour profiter du pays, de la beauté des paysages, de la gentillesse des canadiens, et du peu de Français présents de ce côté-ci de la Terre, bien qu’il commence à y en avoir de plus en plus !

 

Il ne s’agit pas d’un rejet de ma culture ou de ma nationalité, je suis français et fier de l’être, la France véhicule une image à l’étranger, qui est bien différente de celle que l’on peut avoir en y vivant…

Mais parfois on a honte… comme ce jour où, dans un restaurant de Montréal, nous nous retrouvions, mon hôte québécois, des amis à lui et moi-même assis à côté d’une table de bons et gentils français…. Ceux grâce auxquels les Montréalais nous adorent… Ceux qui m’ont fait regretter de n’avoir jamais su imiter un accent correctement… Ceux, qui ouvertement, se moquent du mode de vie Canadien, Québécois, et de tout ce qui sort de leur train-train quotidien de bons petits parisiens… Ceux grâce à qui les loyers ont explosés à Montréal, ceux qui sont devenus les nouveaux colons des temps modernes…, ceux du Plateau…

Mais parfois on est fier… comme ce jour où, dans un hangar agricole, perdu dans la Saskatchewan, au cours d’une soirée, nous nous retrouvions, mon hôte de Regina, une couchsurfeuse allemande et moi-même à une « farmer-party » entourés de fermiers de Saskatchewan…. Ceux-là même qui longtemps auparavant… lorsqu’ils étaient à l’école, ont appris le français… et qui sont heureux de rencontrer un petit français de France… perdu au milieu de ce grand pays ! heureux de reparler un français qu’ils avaient finis par oublier… heureux de lutter pour former une phrase, s’extasiant de bonheur lorsqu’ils virent mon regard approuver leur joute verbale…

 

Finalement, on ne prend conscience de tout ça que lorsqu’on s’en éloigne. Comme dans beaucoup d’histoires…

 

On peut choisir d’écrire sa vie de différentes manières. Depuis quelques temps, un peu plus de deux ans maintenant, je mène une vie sans trop de lendemain… où le bonheur s’écoule au présent, où les rencontres s’enchaînent, où les destinations défilent aussi… une vie faîte de plaisir, de voyages, de travail, de rencontres… Bien malheureux celui qui osera me dire que je travaille moins qu’avant… S’il est une différence notable entre le Canada et la France, à mon niveau, c’est la rentabilité au travail… D’un côté, on m’offrait un smic pour un travail de chef d’atelier, de l’autre, on m’offre un salaire de chef d’atelier, pour un travail de salarié…  Il n’y a pas que ça, mais cela motive l’envie de travailler... Quand on sait qu’à la fin du mois, on peut payer son loyer sans problème, qu’il nous reste encore des sous, qu’on peut se payer une journée au ski à $100 le forfait… alors on sait pourquoi on travaille…

 

Alors qu’en France, il était compliqué de joindre les deux bouts certains mois…

Ces huit mois se sont donc écoulés très vite… trop vite… Six mois à Vancouver, il m’en reste un peu plus de trois à y passer, avant la fin de mon visa… Si je n’obtiens pas ma résidence permanente, je devrais dire au revoir à cette vie là… alors que pour la première fois depuis mon départ d’Antibes, je me sens bien quelque part…

 

Cette fichue résidence permanente… cette saloperie d’expulsion de la Croatie… c’est elle qui pourrait m’empêcher d’obtenir ce fameux sésame qui m’ouvrirait les portes d’un avenir à durée indéterminé au Canada… Je ne regrette pas d’être aller en Croatie, on a joué, on est 4 à avoir perdu… à avoir payé pour les autres…

 

Tout cela pour dire que chacun se construit sa vie, que personne n’est meilleur que son voisin et n’est capable de choisir pour l’autre… Que je ne me vois pas juger les choix de vies des uns et des autres… je peux ne pas les comprendre, mais ce n’est pas pour autant qu’ils seront moins bien que les miens… Décider de tout quitter, de tout recommencer a été une décision difficile à prendre, et je sais au plus profond de moi que mon cher cousin à guider ma réflexion d’une manière ou d’une autre.

 

A Camille, où que tu sois aujourd’hui, tu seras toujours présent dans mon voyage…

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