Conter la mer, les bateaux, ... . Partager des voyages, des découvertes, des rencontres, ... Toujours autour de la mer...
« Partir représente toujours le même défi, celui d’oser… »
Gérard Janichon
Un an, 12 mois, 52 semaines, 365 jours… le temps passe, vite, très vite, peut être trop vite… certains souvenirs s’effacent, d’autres remontent à la surface, les gens rencontrés depuis un an, les lieux visités, les tranches de vies partagées,…
Un an déjà… un an, c’est rien et beaucoup à la fois… On ne se rend pas compte de tout ce que l’on vit en un an… De tout ce que l’on peut faire… De tout ce que l’on peut manquer en étant loin aussi… De tout ce que l’on découvre, sur soi, sur ses envies, sur le monde, sur les autres,…
En voyageant, j’ai rencontré beaucoup de gens, certains sont toujours là, d’autres se sont en allés, c’est l’histoire de la vie, les chemins se croisent parfois quelques secondes, parfois quelques minutes, parfois plusieurs jours, semaines ou mois, parfois quelques années, parfois toute une vie…
Certaines histoires, aussi courtes fussent-elles, m’ont marqué, m’ont permis d’avancer dans ma vie, m’ont fait relativiser, m’ont fait grandir, mûrir, vieillir sûrement…
Vancouver… Au départ, une étrange idée, celle d’un gars qui voulait traverser l’Atlantique pour aller travailler chez les cousins québecois… Un stage plus tard, il y a quelques années, et ce fut chose faîte…
Par la suite, l’idée de retourner au Canada était toujours dans un coin de ma tête, et comme ces bons vins que l’on garde dans un recoin de sa cave, à l’abri des regards, pour le laisser arriver à maturité, j’ai mis quelques années à décider de ce voyage. Il aurait pu se faire avant, il aurait pu ne pas se faire, il aurait pu se faire à plusieurs, mais non, rien de tout ça, j’ai choisi une voie plus ou moins facile, celle de partir seul, à Halifax, ville que peu de gens savent situer sur une carte… et pourtant une ville si importante… à elle seule, Halifax a vu passer plus d’un million d’immigrants fuyant l’Europe au début du 20ème siècle. J’ai donc atterris là-bas, à Halifax et j’ai entamé ce périple que des millions de gens ont fait avant moi, tel un voyage initiatique, la traversée, non seulement d’un pays, mais aussi d’un continent, un passage d’un océan à l’autre, parcourant des milliers de kilomètres, marchant dans les pas des Canadiens, ces ‘vieux immigrants’, après avoir voyagé sur quelques 8000km a travers les routes canadiennes pendant près de 3 mois, j’ai enfin atteint Vancouver, mais pas pour autant l’océan Pacifique…
« Utilise l’expérience des autres, mais sans jamais les imiter. Tu ne pourrais pas l’accomplir. Et même si tu parvenais avec le style d’un autre, cela ne serait pas bien. Cela ne serait pas toi. »
Moitessier
Il m’aura fallu un peu plus de temps pour voir le Pacifique depuis le Canada, le temps de me rendre sur Vancouver Island, ca m’aura pris 8 mois de plus… pour faire seulement 270km…
mais ce fut le temps pris pour apprécier cette nouvelle ville, abritée, au pied des montagnes, au bord de la mer, de s’y sentir chez soi, de s’y créer son univers, de se l’approprier… Car finalement, un voyage terrestre a beaucoup de points communs avec un voyage maritime… lorsque l’on arrive quelque part, après de longues journées voire semaines en mer, on est heureux de fouler les rues pavées, goudronnées, d’errer dans les ruelles, de se laisser guider au gré du vent, louvoyant d’une impasse à une place, d’une avenue à une rue, accostant là où il nous plait, tel prendre un mouillage forain dans une crique perdue sur une petite île bretonne… allant écumer quelques comptoirs, gouter le houblon local.
Parfois certains soirs, ce que les marins appellent le mal de terre, lorsqu’après un séjour en mer, l’on se retrouve a marcher en titubant, juste parce que votre oreille interne est en recherche constante de l’équilibre, pensant que le sol continuera à se dérober sous nos pas, certains soirs, cette ivresse manque, et le marin à terre, pour la retrouver, n’a trouver d’autres solutions que de se jeter sur la première bouteille de rhum venu… jusqu’à ce que l’alcool aidant, il retrouve cette démarche titubante, chaloupée, celle qui donne au marin sa si singulière manière de marcher…
Cette ivresse manqua parfois au début lors de mon arrivée à Vancouver… elle fait parti de l’apprentissage, de ce voyage initiatique, de ce rituel commun à beaucoup d’hommes… mais ce manque disparu assez vite… fort heureusement soit dit en passant…
Vancouver… Un jour, quelqu’un m’a dit : ‘Vancouver et Sydney (Australie) sont les deux dernières villes où le ‘rêve Américain’ est encore possible…’ je ne sais pas vraiment si cela est vrai, mais je sais qu’ici, j’ai trouvé une maison et un travail en moins de 15 jours… maison qui m’a logée pendant 6 mois, vivant avec 3 canadiens, une expérience enrichissante, avec ses bons et ses mauvais côtés, mais comme toute expérience, les mauvais côtés deviennent de bons souvenirs… et un travail qui a ses hauts et ses bas, mais qui me permet d’avoir du temps pour découvrir une région magnifique, où ici, les gens prennent leur voiture et conduisent 2h aller juste pour aller faire une randonnée et reconduisent 2h pour retourner chez eux le soir… quand ce n’est pas un peu plus… Un travail qui m’a permis également de voyager, de découvrir certaines villes des Etats-Unis, certaines îles des Caraîbes…
Ici, la notion de distance prend tout son sens… parcourir 200, 300 voir 500 kilomètres pour aller voir des amis pour un weekend est quelque chose de presque anodin… là où en France on peine à parcourir les 20 km qui nous sépare…
L’herbe n’est pas plus verte ici, mais elle n’est pas plus verte en France non plus… Après une année ici, je commence à comprendre le fonctionnement canadien, tout est différent, certaines choses sont bien plus efficaces qu’en France, d’autres absolument pas…
Mais ceci me plait pour l’instant.
Combien de temps vais-je rester à Vancouver… Je vais déjà commencer par rentrer 3 semaines en France… peut-être que j’aurai eu la réponse pour ma résidence permanente d’ici là, peut-être pas… 3 semaines entre Octobre et Novembre… 3 semaines entre famille et amis, mariage et voyage… 3 semaines qui risquent de passer vite… Après presque 14 mois hors de France, je vais revenir au pays… Curieuse impression ! 14 mois… j’ai l’impression d’être parti hier… et en même l’impression que hier, c’était il y a vraiment très longtemps…
Et le futur… resterais-je un an, deux ans ou plus ici, à Vancouver… Je ne sais pas… trop tôt pour le décider, trop tôt pour l’imaginer… sûrement quelques années… mais il y a tellement de paramètres… professionnels, familiaux, personnels,… que je verrais bien en temps voulu…
Une année à Vancouver… sur les 127 ans de la ville… 127 ans… une ville jeune, récente… une ville qui bouge, vite, qui évolue, qui cherche à s’adapter… finalement pas si différente de moi…
J’avance, sans oublier d’où je viens, là-bas, ici, ailleurs, … . Je suis citoyen français, résident au Canada,… cela me rappelle couchsurfing, à l’époque où j’ai créé mon profil, le site me demandait de définir mon état d’esprit et mon but… J’avais répondu ‘ être un citoyen du monde et naviguer autour de la planète’ …
J’avance tranquillement sur cet objectif… citoyen du monde… qu’est-ce donc que cette étrangeté… je pense que c’est une expression que j’emploie pour désigner la curiosité et l’ouverture sur ce qui nous entoure… être ouvert et curieux, chercher à comprendre et à apprendre, la Terre est grande, le monde petit…
J’avance aujourd’hui, essayant de garder la tête haute, les yeux grands ouverts, les oreilles attentives à ce qui se passent autour de moi… et continuant de profiter de tout les petits instants comme si je ne pourrais les revivre.
Ma vie se fait ici, se fera peut-être là-bas ou ailleurs… J’ai la chance de pouvoir voyager, d’avoir conscience que, finalement, le lieu où l’on vit est aussi important que les gens avec qui l’on vit… Conscience également que la Terre reste un terrain de jeu à la fois vaste et petit… que même à 10000km de chez soi, on peut rencontrer des gens de sa propre région… que le matériel est peu important, que la curiosité et l’envie d’apprendre, de découvrir doivent rester des leitmotiv essentiel…
« Oser partir est important, savoir rentrer est essentiel »